Justice

La mère d’un djihadiste français jugée pour financement du terrorisme

Nathalie Haddadi est jugée ce mardi au Tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé de l’argent à son fils alors en Syrie. Un financement pour payer des frais d’hospitalisation pense-t-elle. Elle risque jusqu’à dix ans de prison

2835 euros envoyés à son fils

Mère d’un «martyr» mort en Syrie, Nathalie Haddadi comparaît ce mardi à partir de 13h30 au Tribunal correctionnel de Paris pour «financement du terrorisme». La mère âgée de 42 ans, est accusée d’avoir envoyé 2835 euros à son fils qui s’en est servi pour rejoindre la zone irako-syrienne. Sur le banc des accusés, elle est accompagnée de son fils cadet et d’un ami du djihadiste, ayant également envoyé de l’argent. Son fils, Abbes Bounaga, à qui elle a envoyé de l’argent est décédé en août 2016 en Syrie. Il avait 21 ans.

J’ai perdu mon fils. Ce jour-là, c’est comme si on m’avait ouvert la poitrine à vif. Et je me retrouve devant ce tribunal. J’ai le sentiment d’être à terre et que l’on continue à s’acharne

Avoue Nathalie Haddidi au Parisien.

“J’aime Dieu plus que toi”

Avant de rejoindre le califat, le jeune homme est déjà bien connu des services de police : trafic de drogue, violences aggravées. Incarcéré à la maison d’arrêt de Starsbourg, Abbes Bounaga se radicalise dans les lieux à partir de 2014. Alors interdit de sortir du territoire, le jeune homme rejoint Francfort en Allemagne en novembre 2015. Par la suite il rejoint l’Algérie dont il a la nationalité et où son père réside. Sa mère, musulmane non pratiquante, s’inquiète de la radicalisation de son fils. Elle lui envoie de l’argent pour le billet d’avion, afin “qu’il fasse sa vie là-bas” dit-elle à France Bleu.

Environ six mois plus tard, Abbes Bounaga prétexte une envie de voyage en Malaisie. Sa mère lui envoie à nouveau de l’argent en pensant que son fils pourrait profiter de vacances ensoleillées. Cependant ce dernier se sert de l’argent pour rejoindre les Émirats arabes unis, puis l’Iran, la Turquie et enfin la Syrie.

Arrivé en Syrie, le jeune homme contacte sa mère par téléphone et lui confie alors:

Maman, je t’aime, mais j’aime Dieu plus que toi

De son côté, la mère du djihadiste assure n’avoir eu connaissance des intentions de son fils ni de sa destination finale. Abbes Bounaga lui avait garanti avoir besoin de cet argent pour payer des frais d’hospitalisation en Malaisie. En réalité, les virements de sa mère de son frère et d’un ami financent ses déplacements. À l’été 2016, un appel sur l’application Viber lui apprend finalement que son fils est décédé en kamikaze en zone de combat irako-syrienne.

Le tribunal doit trancher

Mais est ce que apporter une aide pécuniaire à une personne radicalisée signifie participer au financement du terrorisme ? C’est la question à laquelle va devoir répondre ce mardi, la 16e chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Le Code pénal lui, est très précis sur le sujet: «constitue également un acte de terrorisme le fait de financer une entreprise terroriste en fournissant, en réunissant ou en gérant des fonds, des valeurs ou des biens quelconques (…)». Si la justice décide de rendre coupable Nathalie Haddadi, de nombreux autres parents de djihadistes français pourraient se retrouver également sur le banc des accusés.

Publié le mardi 5 septembre 2017 à 13:16, modifications mardi 5 septembre 2017 à 13:03

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