Justice

Pourquoi Jawad Bendaoud, le “logeur de Daesh”, a été jugé innocent

Les deux autres prévenus ont été déclaré coupables

A la surprise générale,  la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris a relaxé le «logeur de Daech» Selon une source judiciaire, Jawad Bendaoud pourrait sortir de prison dès ce soir.

STORY - Episode 16/19

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Jawad lui-même n’y croyait pas. Il avait déclaré pendant son procès : “Je parie à 80% que je vais être condamné.”

Il a toujours nié

Il était jugé pour avoir mis à disposition d’Abdelhamid Abaaoud, l’un des cerveaux présumés des attentats du 13 novembre 2015, et d’un complice, un logement où ils s’étaient repliés à Saint-Denis.

« Je ne savais pas que c’étaient des terroristes », a-t-il martelé lors de son procès qui a démarré le 24 janvier« Même pour 150 000 euros, je n’aurais pas hébergé des terroristes. »

Depuis son arrestation, le 18 novembre 2015, Jawad Bendaoud nie avoir su que les deux hommes obéissaient à l’organisation islamique Daesh.

Tout le long de cette longue investigation, l’homme originaire de Saint-Denis, s’est illustré par ses propos farfelus, sur un ton contrastant fortement avec la gravité des événements dont on l’accuse. Parmi les nombreuses perles déblatérées par le présumé “logeur de Daesh” on compte par exemple celle-ci :

Il m’a dit t’as hébergé un mec, le croque-mort de Daesh (…) Personne m’a mis au courant. On m’a vendu un bœuf bourguignon, j’ai fini avec un couscous. Voilà ce qui s’est passé.

Jawad Bendaoud a été “la risée de tout un peuple. Moi-même, j’ai ri”, avait plaidé son avocat Xavier Nogueras. “Il nous a permis de rire à un moment où nous pleurions (…). Il a été malgré lui une sorte de catharsis”.

Mais les victimes des attentats du 13 novembre, leurs proches et les anciens habitants du 48 rue de la République à Saint-Denis, eux, n’ont pas ri. La présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris non plus.

Pas de “preuves”

 

Ce mercredi 14 février, aux alentours de 16h30, la décision est tombée :

Il n’est pas prouvé que Jawad Bendaoud a fourni un hébergement à des terroristes.

A déclaré Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Jawad Bendaoud, qui était jugé depuis le 24 janvier pour « recel de malfaiteurs terroristes », risquait jusqu’à six ans de prison. Le substitut du procureur avait réclamé quatre ans d’emprisonnement à son encontre.

A l’annonce de la nouvelle de sa relaxe, il a levé les bras dans un geste jubilatoire et tapé sur l’épaule de gendarmes. Il serait même allé jusqu’à embrasser le crâne de son avocat Xavier Noguera à l’annonce du jugement.

Les autres prévenus condamnés

 

Sur le cas de Mohamed Soumah, également jugé pour « recel de malfaiteurs terroristes », le tribunal s’est montré plus ferme que le procureur lui-même. En effet, la présidente a assuré que le prévenu, de part son rôle d’intermédiaire, ne pouvait ignorer que les hommes en fuite étaient des terroristes.

Pour rappel, c’est lui qui a mis en contact Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour les deux djihadistes, et Jawad Bendaoud. Il a donc été condamné à cinq ans d’emprisonnement, un an de plus que ce que réclamait le procureur, avec maintien en détention.

 

Le troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, est le cousin d’Abdelhamid Abaaoud. C’est aussi le frère d’Hasna Aït Boulahcen, qui est morte aux côtés des djihadistes dans l’assaut du RAID. Il a été déclaré coupable de non-dénonciation de crime terroriste et condamné à quatre ans d’emprisonnement, dont un an avec sursis, sans mandat de dépôt à l’audience.

C’est un an de moins que ce que souhaitait le procureur, qui avait déclaré à son propos : “On a affaire à un personnage qui fait froid dans le dos”. La présidente a quant à elle déclaré : “Votre mauvaise foi et vos mensonges ont été constants à l’audience”, certifiant sa « radicalisation certaine ».

Jawad Bendaoud, quant à lui, sortira dès « ce soir » de prison, a affirmé une source judiciaire à l’Agence France-Presse (AFP).

Publié le mercredi 14 février 2018 à 19:03, modifications mercredi 14 février 2018 à 19:05

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