Justice

Italie : L’enquête révèle que l’agression de l’athlète Daisy Osakue n’était pas raciste

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Une semaine après l’agression supposée raciste de la discobole italienne Daisy Osakue près de Turin, l’enquête a permis d’identifier les responsables. Les trois adolescents ont choisi leurs victimes au hasard.

Son agression a suscité l’émotion. Blessée à l’œil par un œuf lancé depuis une voiture près de Turin, dans la nuit du 29 au 30 juillet dernier, la lanceuse de disque Daisy Osakue a cru qu’il s’agissait d’un acte raciste. La jeune athlète de 22 ans, dont la participation aux championnats d’Europe de Berlin est compromise, souffre d’une abrasion et de lésions de la cornée.

J’ai senti un choc très fort au niveau de mon œil. J’étais effondrée, j’ai senti un liquide, je croyais que c’était de l’acide. Je suis désolée de le dire, mais j’en suis certaine : c’est un acte de racisme.

A témoigné la discobole.

Suite à cette attaque, la jeune femme italienne d’origine nigériane n’a pas hésité à partager une photo de son œil boursouflé, recevant de nombreux soutiens sur les réseaux sociaux de la part d’internautes reliant son agression à d’autres crimes racistes perpétrés dans le pays, dont la portée xénophobe est occultée par le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini.

L’exception qui confirme la règle

Mais en dépit de la concordance des faits avec la situation dans le pays, l’acte commis n’aurait pas été motivé par le racisme. L’enquête a conduit les autorités à faire la lumière sur les auteurs de l’agression : Il s’agirait de trois jeunes qui ont reconnus les faits et affirment avoir choisi arbitrairement leurs victimes. Les autorités ont confirmé qu’un homme blanc a été attaqué quelques minutes après et que d’autres femmes ont été visées dans la journée. L’un des occupants s’avère être le fils d’un conseiller municipal d’une ville voisine, élu du Parti Démocrate, à qui le véhicule appartient, ce qui a permis d’identifier le groupe d’agresseurs.

Les séquelles de la jeune sportive se résorbent progressivement et les dommages causés à sa cornée seraient moins graves que prévus. Cette dernière a reçu une dérogation spéciale pour l’autoriser à prendre un traitement à base de cortisone, inscrite sur la liste des produits dopants.

Matteo Salvini exige des “excuses” et blâme les immigrés et les migrants

Cependant, l’absence de lien entre cette affaire et le racisme croissant en Italie n’altère pas la montée des discriminations dans le pays et la politique ouvertement raciste menée par Matteo Salvini, élu du parti d’extrême droite la Ligue. Le controversé ministre de l’Intérieur se félicite du verdict et réclame des « excuses ». Alors qu’il avait souhaité publiquement un bon rétablissement à la victime, disant être du côté de ceux qui « subissent les violences », l’élu qui cite Benito Mussolini et se revendique anti-migrants a nié formellement qu’il puisse s’agir d’un crime raciste, indiquant que « 700 délits par jour » sont commis en Italie par des immigrés.

Des violences racistes en hausse de 10%

Pourtant, face à ce discours, la recrudescence des agressions racistes en Italie est une réalité. 20 Minutes rappelle que dans la nuit samedi à dimanche, un Marocain de 43 ans soupçonné de cambriolage par plusieurs hommes a été pris en chasse par une voiture puis passé à tabac par ses poursuivants avant de décéder de ses blessures à l’hôpital. Le média ajoute qu’à Palerme, un jeune Sénégalais de 19 ans a été roué de coups en pleine rue, devant un bar, et insulté de « sale nègre ». Le Monde fait part d’un crime similaire commis jeudi dernier sur un autre Sénégalais, marchand ambulant à Naples, titulaire d’un permis de séjour, qui a reçu une balle en pleine jambe par deux assaillants à bord d’un scooter qui lui ont crié « merde noire ». En mai 2016 déjà, un réfugié nigérian de 36 ans avait été battu à mort à Fermo dans le centre de l’Italie.

Pour Marie-Anne Matard-Bonucci, professeure d’Histoire contemporaine à l’Université de Paris VIII et spécialiste de l’Italie, cela ne fait aucun doute, il existerait un lien entre la campagne nationaliste de la Ligue et cette violence.

[…] ses mises en accusation récurrentes des migrants ont pu libérer des formes d’agressivité. Elles étaient peut-être déjà présentes de manière latente dans la société italienne, mais ces discours ont pu envoyer un signal à des gens qui n’osaient pas passer à l’acte et qui se permettent aujourd’hui de le faire.

Avait-elle déclaré lors d’une interview accordée à 20 Minutes le 31 juillet dernier.

D’après Franceinfo, les agressions racistes sur le sol italien ont augmenté de 10% en un an.

Publié le lundi 6 août 2018 à 17:02, modifications lundi 6 août 2018 à 12:30

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