Justice

Corée du sud : l’ancienne présidente Park Geun-hye risque 30 ans de prison

L’ancienne présidente coréenne Park Geun-hye risque une peine de réclusion criminelle de 30 ans pour son implication dans un vaste scandale de corruption.

Le tribunal sud-coréen a finalement requis 30 ans de prison ferme contre Park Geun-hye, l’ancienne présidente du pays impliquée dans un immense scandale de corruption. Celui-ci a d’ailleurs permis de dévoiler les collusions illégales entre les grandes entreprises du pays et le pouvoir politique.

Une sanction sévère à la hauteur des faits reprochés

L’ancienne présidente Park, aujourd’hui âgée de 66 ans, avait été destituée en mars 2017 par la haute cour de justice sud-coréenne. Elle a depuis été placée en détention provisoire dans cette affaire d’ampleur nationale. Le parquet sud-coréen en charge de cette affaire a demandé au tribunal de “prononcer une sentence de 30 ans de réclusion et une amende de 118,5 milliards de wons (89 millions d’euros) contre l’accusée, qui doit être tenue pour la responsable ultime du scandale en tant que 18ème présidente de ce pays.

La décision finale du tribunal sera rendue le 6 avril 2018. Mais étant données les charges qui pèsent contre elle, Park Geun-hye a peu de chance de passer entre les mailles du filet. Celle-ci est en effet accusée d’avoir mis au point, avec son ancienne confidente Choi Soon-sil, une amie de toujours, un vaste système de corruption grâce à laquelle elle a touché des pots de vin très importants.

Ainsi, l’ancienne présidente aurait encaissé 59,2 milliards de wons, accordés illégalement par 3 géants industriels sud-coréens, Samsung, Lotte et SK. En échange, celle-ci leur aurait promis des faveurs politiques. Mme Park est également accusée d’avoir incité 18 grandes entreprises à faire don d’un total de 77,4 milliards de wons à plusieurs fondations aux activités très floues dirigées par son amie Choi Soon-sil. Cette dernière a d’ailleurs été condamnée à 20 ans de prison par le tribunal du district central de Séoul.

Selon le parquet, “l’accusée a abusé du pouvoir qu’elle détenait du peuple pour le bénéfice personnel de Mme Choi et le sien propre“. Ce faisant, celle-ci a  “violé les valeurs constitutionnelles fondamentales de protection de l’économie de marché et de la liberté démocratique“. Et le parquet de conclure “en conséquence, l’accusée est devenue la première présidente à être limogée par destitution, infligeant à l’histoire du pays une cicatrice indélébile“.

Une affaire qui a chamboulé la Corée

Park Geun-hye est la première fille du dictateur Park Chung-Hee, qui fut à la tête du pays de 1961 à 1979, année de son assassinat. Elle a été élevée dans le palais présidentiel de son père, et fut longtemps considérée comme la princesse” politique du pays.

L’ancienne présidente a exercé son mandat de 2013 à 2017, avant d’être destituée au début de l’année 2017 dans le cadre de ce scandale de corruption. Son immunité présidentielle avait ainsi été levée, permettant son inculpation dans la foulée.

Ce scandale a mis en lumière les relations très malsaines qu’entretiennent les chaebols, ces grandes multinationales coréennes comme Samsung, avec le pouvoir politique. Alors que ces derniers bénéficiaient d’une popularité importante en Corée pour avoir contribué au décollage économique du pays dans les années 1960 et 1970, leur image ne cesse de se dégrader depuis que la Corée est entrée dans l’ère de la mondialisation dérégulée.

Alors que le pays bénéficie en apparence d’un taux d’emploi exceptionnel, qui se situe régulièrement en dessous de la barre de 4%, le travail précaire, les inégalités de revenus et le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté ont explosé ces dernières années. Ainsi, le taux de pauvreté à plus que doublé entre 1990 et 2016, en passant de 7,1% à 14,7%.

Cette frustration croissante, qui touche surtout la jeunesse du pays, permet d’expliquer son émoi dans le cadre de ce scandale. En effet, des dizaines de milliers de Coréens sont descendues dans la rues pour demander le départ de Park Geun-hye.

Une clémence suspecte envers les héritiers Samsung

Mais Park Geun-hye pourrait bien être une “victime” symbolique dans cette affaire. En effet, malgré son implication dans des actes de corruption nauséabonds largement dénoncés par la justice, la presse et l’opinion, les héritiers des grands chaebols ont quant à eux bénéficié d’une clémence suspecte de la part des tribunaux.

En effet, la justice a condamné l’héritier Samsung Lee Jae-Yong début février 2018, mais sa peine a été réduite en appel à un simple sursis. Avant lui, deux autres héritiers de l’empire industriel impliqués dans des scandales de corruption avaient été particulièrement épargnés par la justice.

La chute de Park Geun-hye avait ensuite entrainé l’élection d’un président plus progressiste de centre-gauche, Moon Jae-in. Celui-ci a promis d’aider les classes défavorisées en augmentant les salaires.

 

Publié le mardi 27 février 2018 à 16:07, modifications mardi 27 février 2018 à 14:28

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