Justice

Bertrand Cantat : Philippe Laflaquière, le juge qui l’a libéré, dénonce « le tribunal médiatique tout-puissant »

Philippe Laflaquière, le juge d’application des peines qui a libéré Bertrand Cantat en 2007 dénonce, dans une tribune « le tribunal médiatique tout-puissant, incontrôlable » qui passe avant « l’institution judiciaire ».

Dans une tribune publiée sur le site de Franceinfo, ce vendredi 16 mars, Philippe Laflaquière, le juge d’application des peines qui a décidé d’accorder à Bertrand Cantat sa libération conditionnelle en 2007 dénonce « la dictature de l’émotion ». De plus, il dit regretter que « l’institution judiciaire » soit devenue « secondaire ».

Par ailleurs, le magistrat avait déjà pris la parole publiquement après la Une des Inrocks d’octobre dernier. En effet, dans une interview au Parisien, il disait « comprendre l’émotion suscitée par la Une de ce magazine, mais pas les réactions incroyablement violentes, parfois haineuses ».

Un tribunal médiatique tout-puissant.

Alors que les passions se déchaînent autour des concerts de Bertrand Cantat, le juge Philippe Laflaquière pointe du doigt le « tribunal médiatique tout-puissant, incontrôlable ».

Plus que jamais, je crois indispensable de la respecter, de la fortifier, de soutenir tous ces professionnels. Administration pénitentiaire comprise, qui placent leur compétence et toute leur énergie au service d’une belle mission. Tenter de réparer les maux les plus cruels de notre société.

Ecrit le magistrat.

Cette lettre ouverte s’inscrit dans un contexte très compliqué pour l’ancien leader de Noir Désir. En effet, condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne Marie Trintignant tuée en 2003 à Vilnius, en Lituanie, Bertrand Cantat avait été libéré en 2007 après avoir purgé plus de la moitié de sa peine. Or, libre depuis 2011, le chanteur a dû annuler des dates de concerts sous la pression d’institutions et d’associations l’érigeant en incarnation des violences faites aux femmes. Or, dans un communiqué publié lundi, Bertrand Cantat invoquait « son droit à la réinsertion ». Il renouvelait sa « compassion la plus sincère, profonde et totale à la famille et aux proches de Marie ».

Les réseaux sociaux devenus dictature de l’émotion

Ainsi, dans sa missive, Philippe Laflaquière juge « pleinement légitime » le combat pour « la libération de la parole et l’action des mouvements féministes ». Pourtant, il estime que celle-ci « tourne maintenant à la vindicte publique. Sans autre forme de procès, une véritable mise au pilori en place médiatique ».

La montée en puissance des réseaux sociaux, formidable caisse de résonance d’une ‘dictature de l’émotion’ depuis longtemps dénoncée.

Le juge explique également le « contrat moral » qu’il passe avec les condamnés qu’il a en charge.

La règle des trois D : décence, discrétion et droit à l’oubli.

Le juge a mis en exergue que pour Bertrand Cantat, il semblait difficile d’imaginer une application de la règle des trois D. Notamment à cause de la « notoriété de la victime, et celle de l’auteur ».

Sur le suicide de Krisztina Rady

Dans sa tribune, Philippe Laflaquière regrette la fin de la présomption d’innocence. Et du bénéfice du doute « pour certaines personnalités mises en cause dans des affaires d’agressions sexuelles ».

Une simple plainte équivaut à un début de condamnation. Le témoignage anonyme devient un élément de preuve à charge.

Ainsi, reprenant l’exemple de Bertrand Cantat, le magistrat rappelle que le parquet de Bordeaux a classé sans suite l’enquête sur les accusations de violences de la part du chanteur à l’égard de son épouse, Krisztina Rady, morte en 2010. La mère des deux enfants de Bertrand Cantat s’était suicidée au domicile conjugal. Deux ans après la sortie de prison du chanteur.

Un drame dont trois années plus tard, sur internet, je fus déclaré coresponsable par une avocate en mal de publicité. Autoproclamée ‘porte-parole’ d’un mouvement féministe dont elle est manifestement indigne.

Invective le juge Philippe Laflaquière.

Dans ce contexte tendu, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a réagi jeudi 15 mars, en marge des Assises du journalisme qui se tiennent à Tours.

Bertrand Cantat a le droit de vivre sa vie. Il a payé.

A-t-elle déclaré, tout en tenant « à rappeler le nom de Marie Trintignant ».

Publié le vendredi 16 mars 2018 à 12:51, modifications vendredi 16 mars 2018 à 13:56

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