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Grève SNCF, scène II : le trafic encore très perturbé

Bis repetita mercredi 4 avril sur les quais de gare : pour le deuxième jour de grève à la SNCF, le trafic ferroviaire est encore très perturbé et les bouchons étaient doublés en début de matinée sur les routes de la région parisienne.

La direction de la SNCF prévoit un TGV sur sept et un train régional sur cinq en moyenne, soit sensiblement la même chose que mardi.

Ce premier épisode de cette grève de deux jours sur cinq étalée sur trois mois doit s’achever jeudi matin. Dans la foulée, CGT, Unsa, SUD et CFDT se réuniront avant une table ronde l’après-midi au ministère des Transports sur la dette, le financement et le statut de l’entreprise SNCF. Vendredi, une autre réunion au ministère se penchera sur les droits sociaux des cheminots.

A Marseille, le calme régnait à la gare Saint-Charles, où de nombreux passagers patientaient, résignés, en salle d’attente. Dans le hall, Mistah, casquette sur la tête, restait philosophe : “Depuis hier, je tente de rejoindre Miramas, où j’habite. J’ai dû passer la nuit à Marseille, mais tant mieux, j’en ai profité pour faire la fête!” Appuyé sur son VTT, le trentenaire approuvait les cheminots qui “ont bien raison de se défendre”.

A la gare de Lyon-Perrache, vers 07H00, Véronique, une aide à domicile de 54 ans, a dû prendre “le premier train à Saint-Etienne pour venir travailler à Lyon”. “Pour mon employeur, la grève, c’est pas son problème. Il faut être à l’heure”, dit-elle. “Je n’ai pas trop saisi le fond de la grève mais il faut qu’ils arrêtent.”

“Je comprends les raison de la grève, estime en revanche Emilie Hoertel, 39 ans, clerc d’avocat à Paris, qui fait le trajet chaque jour depuis Dijon. Même si ça nous arrange pas la vie, pour garder un service public qui maille le territoire, ça vaut le coup de se battre.”

Des

(credit photo AFP) Des “gilets rouges” de la SNCF mobilisés gare du Nord pour venir en aide aux usagers au 2e jour de la grève au sein de la compagnie ferroviaire, le 4 avril 2018 à Paris

Rencontrée elle aussi à Dijon, Françoise Sirugue, 45 ans, qui travaille à Paris dans les assurances, juge que “trois mois (de grève, ndlr), c’est un peu trop”. “Je suis restée à la maison hier (mardi), mais ce n’est pas possible tous les jours”.

A Lille, Marc Cornille, 56 ans, en CDD, a “peur de perdre (s)on boulot à cause de ce mouvement”. “Je comprends les revendications mais pas les modalités.”

Mercredi, à 07H30, on comptabilisait 350 km de bouchons cumulés en Ile-de-France, selon le site d’information routière Sytadin, soit le double de la moyenne habituelle (175 km) à la même heure.

Bataille de chiffres

Comme prévu par la SNCF, le trafic avait déjà été “très perturbé” mardi 3 avril, premier jour d’une grève par épisode sur trois mois. La direction a annoncé un taux de grévistes de 33,9% en matinée, soit moins que les 35,4% enregistrés le 22 mars. Mais parmi les “agents indispensables à la circulation des trains“, le taux atteignait 48% (contre 36% le 22 mars).

Des chiffres remis en cause par les syndicats. La direction de la SNCF “manipule les chiffres”, a affirmé mercredi matin sur France Inter le porte-parole de SUD-Rail, Erik Meyer, faisant état d’un “taux de grévistes qui dépasse 60%”.

Calendrier des jours de grève de la SNCF

(credit photo AFP) Calendrier des jours de grève de la SNCF

Avec des modalités différentes, les quatre syndicats représentatifs à la SNCF sont tous lancés dans la bataille : une grève deux jours sur cinq jusqu’au 28 juin pour CGT, Unsa et CFDT; une grève illimitée reconductible par 24 heures pour SUD-Rail. Un nouveau préavis a été déposé par les trois premiers, courant de 20H00 samedi jusqu’à 07H55 le mardi 10 avril.

Environ 300 assemblées générales sont prévues mercredi matin pour décider de la suite à donner au mouvement, a précisé à l’AFP M. Meyer.

La grève ne devrait pas être reconduite jeudi 5 avril, a-t-il estimé, compte tenu “des échanges entre grévistes” mardi 3, mais “dans beaucoup d’endroits, les assemblées générales devraient voter des motions pour demander aux organisations syndicales un durcissement du mouvement la semaine prochaine“.

Le projet de loi sur le pacte ferroviaire, qui prévoit un recours aux ordonnances sur certains points, sera voté en première lecture le 17 avril à l’Assemblée.

Bataille de l’opinion

Manifestation de cheminots à Bordeaux, mardi 3 avril 2018

(credit photo AFP) Manifestation de cheminots à Bordeaux, mardi 3 avril 2018

“La bataille de l’opinion”, titrait Le Parisien mercredi 4 avril : de nombreux journaux estimaient en effet que c’est l’opinion qui sera “l’arbitre” du bras de fer en cours. “Grèves. ‘Tous ensemble’, ou pas…” résumait Libération.

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a appelé Emmanuel Macron et le gouvernement à “se déboucher les oreilles” face au “très grand mécontentement” social.

Les syndicats de la SNCF s’opposent à une réforme qui “vise à détruire le service public ferroviaire par pur dogmatisme”. Dans leur viseur: la suppression de l’embauche au statut, l’ouverture à la concurrence et la transformation de la SNCF en société anonyme, prémices d’une future privatisation selon eux.

Ce mouvement social s’est conjugué mardi avec une quatrième journée de grève chez Air France pour des hausses de salaires, qui a conduit à l’annulation d’environ un quart des vols. la direction devait rencontrer l’intersyndicale ce mercredi.

La tempête sociale touche aussi d’autres secteurs : la CGT a entamé mardi une grève pour la création d’un “service public national” des déchets et a déposé un préavis dans le secteur de l’énergie.

Publié le mercredi 4 avril 2018 à 10:07, modifications mercredi 4 avril 2018 à 10:34

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