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Faut-il divulguer les identités et les photos des terroristes ? Les médias sont divisés

Alors que les attentats se sont multipliés en France et en Europe, le débat sur une éventuelle « glorification » des auteurs de ces tueries a été relancé dans les médias français.

La diffusion des noms et des photos des terroristes participe-t-elle à leur « glorification » ? Le débat, lancé par la classe politique et les intellectuels, a été ravivé mercredi 27 juillet après la décision de plusieurs médias de ne plus publier ces informations.

Ainsi, Le Monde a décidé de ne plus publier les clichés des auteurs des tueries « pour éviter d’éventuels effets de glorification posthume », selon un éditorial du directeur du quotidien, Jérôme Fenoglio.

Même discours sur la chaîne d’information en continu, BFM TV. Son directeur de rédaction, Hervé Béroud, a expliqué à l’AFP

La photo peut mettre au même niveau victimes et terroristes.

Europe 1 a choisi de ne plus citer le nom des auteurs des attentats et le journal La Croix ne publiera plus leurs photos ainsi que leurs noms de familles.

RFI et France 24 ont décidé de ne plus diffuser des photos et d’être «extrêmement parcimonieux dans l’utilisation des noms».

Beaucoup d’actes sont commis par des individus fragiles psychologiquement, et la gloire médiatique est une incitation. Il y a une dimension préventive à limiter leur exposition médiatique.

A jugé le psychanalyste Fethi Benslama, qui se dit satisfait de cette anonymisation.

La guerre contre le terrorisme est médiatique et psychologique. L’un des ressorts les plus importants chez ceux qui commettent des attentats, c’est d’être connus et reconnus publiquement. Ils laissent des indices avant leur mort et fantasment une reconnaissance mondiale.

A-t-il ajouté.

Une analyse partagée par le chercheur à l’université de Western Australia, Michael Jetter, spécialisé dans les liens entre terrorisme et médias. L’universitaire considère que le niveau de couverture médiatique a un impact sur de tels actes. Il établit un parallèle entre l’étalage de ces kamikazes dans les médias et les chercheurs d’alerte sur un possible « effet d’imitation ».

Mais cette volonté d’anonymat a également trouvé un écho dans l’opinion publique : une pétition a été lancé pour réclamer «l’anonymat des terroristes dans les médias». A la date du 27 juillet, elle avait recueilli plus de 75 000 signatures, une semaine après son lancement.

Dans la classe politique de nombreuses voix se sont également fait entendre pour aller dans ce sens.

Le conseiller régional Les Républicains d’Ile-de-France, Geoffroy Didier, a déclaré souhaité que

L’autorité judiciaire et les médias s’engagent à ne publier ni le nom, ni aucune photo des terroristes.

En parallèle, 41 élus de droite autour du député de la Drôme Hervé Mariton, ont demandé au CSA des sanctions contre France 2 et TF1. France 2 avait été la première à diffuser le témoignage d’un homme devant un de ses proches morts dans l’attentat de Nice. Cette séquence avait été jugée « vectrice de terreur ». TF1 avait été épinglé pour avoir montré les « selfies narquois » du terroriste conducteur de camion, un exemple de « glorification ».

La secrétaire d’Etat chargée à l’Aide aux victimes, Juliette Méadel, a récemment annoncé qu’elle allait faire des propositions pour que médias et Gafa (pour Google, Amazon, Facebook et Apple) s’accordent « autour d’une éthique ». Elle souhaite qu’ils prennent leurs précautions «dans le signalement des victimes» et «dans la manière dont on traite les auteurs».

Le CSA étudie actuellement la création d’un code de bonne conduite «pour la couverture audiovisuelle d’actes terroristes».

Pourtant, dans ce débat de nombreux médias souhaitent mettre en garde à ne pas renoncer à informer.

Pour Libération, «publier les photos de terroristes et les glorifier, ce n’est pas la même chose. Dabiq (revue de l’Etat islamique) glorifie»

Imaginez un papier avec les frères SA et BA, AA, FAM.

A souligné le directeur adjoint Johan Hufnagel, en reconnaissant qu’il y avait un débat permanent sur le sujet au sein de la direction éditoriale.

Ainsi, pour le directeur des rédactions du Figaro, Alexis Brezet, publier les noms des terroristes relève du «  devoir d’information».

Autrement, c’est prendre le risque de s’aliéner ceux qui croient au grand complot des médias. Quant aux photos, tout est question de mesure.

A-t-il justifié.

Au sein des chaînes de télévision françaises, les directions plaident pour le « cas par cas ».

Entre le matraquage d’un nom et d’une photo et un élément d’information, il faut choisir une voie médiane».

Même position à France Télévisions :

Nous engager dans une règle systématique d’autocensure ne nous paraît pas être la bonne démarche parce que nous devons porter à destination du public un certain nombre d’informations.

A estimé Germain Dagognet, le directeur délégué à l’information.

L’Agence France-Presse a considéré que son critère

doit rester la valeur informative d’un texte ou d’une image: en l’espèce, le nom et la photo d’un auteur d’attentat constituent bien une information dont nous ne voulons pas priver nos 5.000 clients dans le monde, qui peuvent ensuite décider ou pas de les utiliser

Selon la directrice de l’information, Michèle Léridon.

Publié le jeudi 28 juillet 2016 à 9:39, modifications jeudi 28 juillet 2016 à 8:50

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