Faits divers

Val-d’Oise : La préfecture veut expulser Aymen, sans-papier héroïque

Quand une chanson culte de Tina Turner colle à l'actualité française

En avril 2015, Aymen, en situation irrégulière, sauve deux enfants d’un incendie. Deux ans plus tard, il reçoit une obligation de quitter le territoire français.

Avant l’affaire d’Aymen, celle d’un autre sans-papier. La semaine dernière, la France entière encensait Mamoudou Gassama. Le Malien de 22 ans qui a sauvé un enfant en danger sur un balcon, en escaladant quatre étages d’un immeuble du XVIIIe arrondissement de Paris. Un exploit filmé par des badauds et partagé en masse sur les réseaux sociaux. Au point d’arriver jusqu’à l’Élysée. Rapidement, régularisation et service civique chez les pompiers de Paris ont suivi pour celui qu’on surnomme désormais « Spiderman ». D’autres sans-papiers, valeureux eux aussi, connaissent néanmoins un autre sort.

Aymen, un autre cas de bravoure de sans-papier

C’est ce que rapporte Le Parisien, dans un article publié hier. Informaticien de 25 ans, Aymen est un Tunisien en situation irrégulière, arrivé en France en 2013. Un soir d’avril 2017, deux de ses amis et lui sont à Fosses en Val-d’Oise. Ils entendent des cris : c’est une mère en détresse qui appelle à l’aide.
La cuisine de l’appartement de la dame est en proie aux flammes. Ses deux enfants sont encore piégés au domicile que le feu gagne. Les trois hommes volent au secours du garçon de quatre ans et de son petit frère âgé de 19 mois.

Nous sommes montés tout de suite pour chercher les enfants. Nous les avons trouvés tout de suite, dans la chambre. Ils étaient restés ensemble

Tandis que l’un éteint le feu, l’autre protège Léon, quatre ans. Aymen prend dans ses bras le plus jeune. Un sauvetage instinctif, au risque de leur vie. À la manière d’un Mamoudou Gassama. Sans une volonté et une force surhumaine boostée par l’adrénaline, le Malien aurait pu tomber lors de son ascension. Et si ses bras avaient lâché, fatigués par un tel effort ? Gassama a d’ailleurs terminé sa progression les mains en sang et un ongle arraché.

Du côté de Fosses, en sortant de la braise, l’un des amis d’Aymen se mettra à vomir, intoxiqué par la fumée de l’incendie. Néanmoins, par humilité, les héros s’éclipsent discrètement. Ils ne seront retrouvés que grâce aux efforts répétés de la mère, décidée à les remercier. Puis, l’acte inouï parvient à l’élu municipal. C’est lui qui, quelques semaines plus tard, décore Aymen, Johnny et Amiss, de la médaille de la ville.

 

Aymen, Johnny et Amiss, Le Parisien

Qui rencontre une préfecture rigide

Mais Pierre Barros, à la tête de la mairie de Fosses, ne s’arrête pas là. Il sollicite les services de l’État. Cet élu du Front de Gauche met en avant l’exemplarité d’Aymen. Le Tunisien est à la fois vaillant et diplômé dans un secteur demandé. De plus, il veut réussir sa vie dans l’Hexagone.

J’aimerais travailler en France et y construire ma vie. Je ne peux pas travailler en France donc je donne des coups de main à la famille dans le bâtiment.

Mais malgré ses compétences professionnelles et son acte de courage, la préfecture du Val-d’Oise ne veut rien n’entendre. Refus de séjour doublé d’une obligation de quitter le territoire français : voilà la décision que le préfet a donnée à l’homme de 25 ans.

Pour son avocate, ce rejet est avant tout une conséquence du manque de médiatisation. Ainsi, Maitre Philippine Parastatis affirme :

Mon client est un héros au même titre que Mamadou Gassama et pourtant il ne bénéficie pas du même traitement. Qu’on juge équitablement deux situations parfaitement similaires.

 

Publié le lundi 4 juin 2018 à 13:17, modifications lundi 4 juin 2018 à 12:16

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