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Epidémie de SIDA en Russie : Les experts sonnent l’alarme

Les experts et les associations Russes tirent la sonnette d’alarme : le SIDA continue de progresser, faisant craindre un risque d’épidémie, tandis que les autorités ne prévoient toujours aucune réaction préventive.

Le sida fait des ravages en Russie. En l’espace de cinq ans, plus de 400 000 nouvelles personnes ont contracté le virus. Les chiffres sont on ne peut plus clairs : à la fin de l’année, le nombre de séropositifs aura dépassé le million en Russie, et il y en aura trois millions en 2020 si la progression continue à ce rythme. Le nombre de Russes séropositifs est passé de 500 000 en 2010 à environ 930 000 aujourd’hui, selon des statistiques officielles récentes qui pour de nombreux experts sous-estiment encore la réalité.

Selon le spécialiste du sida Vadim Pokrovski, qui dirige le Centre fédéral russe de lutte contre le sida, 90 000 personnes ont contracté le VIH sur la seule année 2014.

Les cinq dernières années, marquées par une approche conservatrice, ont conduit à un doublement du nombre de personnes infectées.

Pourtant, les fonds alloués à la prévention par les autorités restent dérisoires. Vadim Pokrovski n’hésite pas à critiquer la politique sanitaire menée par le Kremlin. Une action préventive semble banale à première vue mais en Russie, où les idées conservatrices ne cessent de progresser sous le président Vladimir Poutine, les associations d’aide ne disposent d’aucun appui des pouvoirs publics.

Avec une seringue propre, un préservatif ou un conseil, Maxime Malychev œuvre auprès des toxicomanes pour lutter contre la propagation dramatique du sida en Russie. Et il se sent bien seul. Lui-même ancien toxicomane, il milite pour la Fondation Andreï Ryjkov, qui mène le seul programme de sensibilisation à destination des toxicomanes dans la capitale russe.

Nous allons là où les toxicomanes traînent, où ils passent, où ils achètent, et nous leur donnons des seringues propres pour éviter qu’ils soient infectés. Les autorités ne soutiennent pas nos activités. Tous leurs efforts sont dirigés vers les cures de désintoxication ou des campagnes pour dire aux gens de ne pas prendre de drogue.

La Russie bannit la méthadone, substitut à l’héroïne qui s’administre par voie orale et qui pour nombre de spécialistes internationaux réduit le risque de contamination du VIH chez les personnes vulnérables. Sous l’influence de la puissante Eglise orthodoxe, les campagnes en faveur du port du préservatif et l’éducation sexuelle à destination des jeunes n’ont plus le vent en poupe, remplacés par des appels à l’abstinence.

Par conséquent, le VIH touche de manière croissante les femmes hétérosexuelles. Selon Vadim Pokrovski, sur un budget annuel de 21 milliards de roubles (330 millions d’euros) consacré à la lutte contre le sida, seuls 400 millions de roubles (6,3 millions d’euros) servent à informer sur la maladie.

Alexandre Savitski, séropositif depuis 1999 et aujourd’hui à la tête de l’organisation Pays en bonne santé, explique que la connaissance du virus reste très faible et que le sujet est tabou pour nombre de Russes.

Je comprends ces gens : il n’y a pas d’information, ils ont peur et sont sur la défensive.

Les volontaires reconnaissent être totalement dépassés par l’ampleur des besoins et regrettent que le gouvernement ne le aide pas.

C’est triste, très triste. Surtout quand on voit les gens qu’on connaît qui commencent à en mourir.

Publié le samedi 13 juin 2015 à 10:04, modifications samedi 13 juin 2015 à 10:04

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