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En Syrie, la plupart des armes lourdes retirées de la future “zone démilitarisée”

Les rebelles et jihadistes ont retiré la plupart de leurs armes lourdes de la future “zone démilitarisée” de la province syrienne d’Idleb (nord-ouest), à la veille de la date-butoir prévue par l’accord russo-turc sur ce dernier bastion insurgé.

Les factions jihadistes ont emboité le pas au Front national de libération (FNL), principale coalition rebelle ayant achevé lundi le retrait de ses armes lourdes de la zone tampon, mettant fin à plusieurs semaines d’incertitudes.

Arraché in extremis le 17 septembre par la Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien des rebelles, l’accord de Sotchi a permis de repousser l’imminence d’une offensive de Damas contre la province d’Idleb et des parties des provinces voisines de Hama, Lattaquié et Alep, également contrôlées par les insurgés.

L’accord stipule le retrait des armes lourdes d’une zone tampon de 15 à 20 km de large avant mercredi, puis le départ des jihadistes de cette “zone démilitarisée” avant le 15 octobre.

“Hayat Tahrir al-Cham (HTS), tout comme les autres factions (jihadistes), est en train de transporter les armes lourdes” hors de la “zone démilitarisée”, a indiqué lundi à l’AFP une source locale proche du groupe jihadiste.

Forcés d’accepter

La poche d'Idleb, dernier bastion insurgé

(credit photo AFP) La poche d’Idleb, dernier bastion insurgé

Le succès de l’accord est dans une large mesure tributaire de la décision des groupes extrémistes, qui dominent 70% de la future “zone démilitarisée”, murés dans un profond silence depuis le 17 septembre.

Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), “la zone tampon est maintenant presque vidée de toutes les armes lourdes à la veille de la date limite”.

Les jihadistes ont discrètement commencé à retirer leurs armes lourdes il y a trois jours, selon M. Abdel Rahmane, et l’opération se poursuivait dans la nuit de lundi à mardi.

“Toutes les factions, rebelles ou jihadistes, n’auraient pas été en mesure de surmonter les conséquences d’une escalade” militaire en cas d’échec de l’accord, explique encore le directeur de l’ONG.

Lundi, une source proche de HTS a elle affirmé à l’AFP que le groupe avait dû accepter l’accord afin de protéger les quelques trois millions d’habitants de la province d’Idleb, dont près de la moitié ont déjà été déplacés d’ex-fiefs rebelles.

“Tout le monde a été forcé d’accepter l’initiative, bien qu’à contrecœur”, a déclaré cette source.

“Partie neutre”

Un combattant rebelle syrien du Front national de libération (FNL) s'occupe de son arme, dans le sud-est de la province d'Idleb, le 9 octobre 2018

(credit photo AFP) Un combattant rebelle syrien du Front national de libération (FNL) s’occupe de son arme, dans le sud-est de la province d’Idleb, le 9 octobre 2018

Si le retrait des armes lourdes, premier volet de l’accord russo-turc, a été mis en œuvre, la création d’une “zone démilitarisée” ne prendra forme qu’après le retrait des combattants jihadistes de la zone, qui doit avoir lieu d’ici lundi prochain.

En l’absence de toute communication de la part des djihadistes, le doute plane autour du respect de cette deuxième échéance.

Mais, selon Nawar Oliver, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Omran, basé en Turquie, HTS et les autres groupes djihadistes devraient s’y conformer, “d’autant que HTS reste in fine à Idleb et ne remet pas ses armes ou ses combattants mais remet la zone (tampon) à une partie neutre, la Turquie.”

Lundi, les forces d’Ankara ont transféré des armes et des véhicules blindés vers la future “zone démilitarisée”, a indiqué l’agence officielle turque Anadolu.

Ce déploiement s’inscrit dans le cadre de la mission de surveillance de la zone tampon qui incombe, en vertu de l’accord, à la Turquie et à la Russie.

Les factions rebelles, qui craignent que l’accord ne soit le prélude à un retour du régime de Bachar al-Assad dans la région, misent sur cette présence turque pour les protéger et ont fait part de leur refus d’un déploiement de la police militaire russe.

Des rebelles syriens sont positionnés sur la ligne de front, face aux forces du régime de Damas, dans le sud-est de la province syrienne d'Idleb, le 9 octobre 2018

(credit photo AFP) Des rebelles syriens sont positionnés sur la ligne de front, face aux forces du régime de Damas, dans le sud-est de la province syrienne d’Idleb, le 9 octobre 2018

Leurs craintes ont été attisées dimanche par des propos du président Assad qualifiant l’accord russo-turc de “temporaire” et assurant qu’Idleb et les régions voisines reviendraient à terme au régime.

Soutenu militairement par la Russie depuis 2015, Damas a enchaîné les victoires ces derniers mois face aux rebelles et jihadistes et a déjà repris le contrôle de la majeure partie du territoire.

Déclenché en 2011, le conflit syrien a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Publié le mardi 9 octobre 2018 à 14:11, modifications mardi 9 octobre 2018 à 14:11

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