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En quête d’un “second souffle”, Macron remanie largement, sans changer de cap

Décidé à maintenir le “cap” des réformes après une rentrée calamiteuse, Emmanuel Macron a procédé mardi à son premier remaniement d’ampleur, en nommant au gouvernement huit nouveaux membres et un proche, Christophe Castaner, à l’Intérieur, mais sans véritable coup d’éclat.

Emmanuel Macron doit intervenir à 20H00 dans une “courte allocution”, a simplement indiqué l’Elysée, après ce quatrième remaniement depuis mai 2017. Il intervient après 15 jours d’attente, un record, depuis la démission fracassante du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb le 2 octobre.

Annoncé tôt par un simple communiqué, il est destiné à donner à l’exécutif un nouvel élan après un été et une rentrée chaotiques marqués par l’affaire Benalla et le départ également tonitruant de Nicolas Hulot, le tout accompagné d’un plongeon de la popularité du président accusé par certains “d’arrogance” et de manque d’écoute.

L’exécutif va “continuer et persévérer” sans “changer de cap”, a affirmé le Premier ministre Edouard Philippe lors de la première séance du nouveau gouvernement face aux députés.

“Non, nous ne changeons pas de cap. Le cap a été tracé par le président de la République et les engagements ont été pris devant les Français”. “Au contraire nous allons continuer et persévérer”, a déclaré le chef du gouvernement, qui réunira mercredi soir sa nouvelle équipe en séminaire.

Rajeuni — la moyenne d’âge passe sous les 50 ans, un record de jeunesse depuis plus de 10 ans — ce gouvernement comprend, outre le Premier ministre, 34 membres, avec une parité hommes-femmes. Il compte 21 ministres dont un seul ministre d’État, François de Rugy (Transition écologique), qui se retrouve numéro deux.

Le président Emmanuel Macron, le 15 octobre 2018 à l'Elysée, à Paris

(credit photo POOL/AFP) Le président Emmanuel Macron, le 15 octobre 2018 à l’Elysée, à Paris

Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont “été extrêmement attentifs à ce que les équilibres femmes/hommes, hommes politiques/société civile, droite/gauche soient respectés” comme “aux origines” du quinquennat entamé sous le signe du “en même temps” macronien, a insisté l’Elysée.

Pour l’expert Philippe Moreau-Chevrolet, Emmanuel Macron a voulu “constituer de façon durable un gouvernement de coalition à l’allemande, une forme de cohabitation. Exit les paillettes glamour de la campagne, nous sommes dans l’âge de raison, dans la politique pure et dure.”

Ce “mecano gouvernemental” ne “marque pas vraiment un rééquilibrage à gauche”, souligne Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. “Permettra-t-il à Emmanuel Macron de combattre l’impopularité? Je n’en suis pas sûr”.

Castaner épaulé

Sans nouvelle personnalité connue du grand public, le principal changement est la nomination de Christophe Castaner, 52 ans, au ministère de l’Intérieur. Mais ce fidèle des fidèles du président, qui va quitter la tête de La République en Marche (LREM), perd le titre de ministre d’Etat et sera épaulé par un expert de la sécurité, Laurent Nuñez, l’actuel directeur de la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure).

Jacqueline Gourault en juillet 2017

(credit photo AFP/Archives) Jacqueline Gourault en juillet 2017

De plus, son ministère perd les collectivités territoriales, désormais dévolues à un grand ministère confié à Jacqueline Gourault, qui remplace Jacques Mézard. Cette ex-sénatrice Modem aura la charge de rétablir le lien avec les élus locaux “abîmé par des incompréhensions durant les premiers mois du quinquennat”, a expliqué l’Elysée.

Comme prévu, Françoise Nyssen quitte le ministère de la Culture, remplacée par Franck Riester, 44 ans, un ancien Les Républicains qui a créé son propre parti de centre-droit, Agir. Stéphane Travert laisse le portefeuille de l’Agriculture à Didier Guillaume, 59 ans, un ancien PS, fidèle de François Hollande puis de Manuel Valls.

Parmi les autres entrants figure Marc Fesneau, 47 ans, proche de François Bayrou, au poste de ministre chargé des Relations avec le Parlement, à la place de M. Castaner.

Par ailleurs, des redécoupages ministériels traduisent l’accent mis sur des objectifs prioritaires de l’exécutif.

Ainsi le secrétariat à l’Egalité entre les femmes et les hommes de Marlène Schiappa est étendu à la lutte contre les discriminations.

“Remaniement consanguin”

Gabriel Attal, étoile montante de LREM, va épauler le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer pour mettre en place le Service national universel, battant au passage le record de plus jeune secrétaire d’Etat, à 29 ans.

De même, Christelle Dubos, autre députée LREM et ex-travailleuse sociale, est chargée de la stratégie de lutte contre la pauvreté au côté d’Agnès Buzyn.

Christophe Castaner ayant annoncé dans la foulée qu’il quitterait son poste de chef de LREM, le pouvoir doit de nouveau trouver un patron pour un parti encore à organiser en vue des européennes de 2019 et des municipales de 2020.

“Le besoin de nouveau souffle est bien incarné avec ce remaniement”, s’est félicité auprès de l’AFP Richard Ferrand, le président LREM de l’Assemblée.

Mais pour Julien Aubert, député LR, “c’est un remaniement assez consanguin”. “Ce remaniement annoncé comme un second souffle ressemble plus à une baudruche en train de se dégonfler”, a ironisé Christian Jacob, président du groupe Les Républicains à l’Assemblée.

Pour David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), “C’est un périmètre qui se resserre autour des très proches du Président et du Premier ministre et sert le dernier cercle de ses derniers soutiens. Après moins de deux ans de pouvoir, la citadelle assiégée”.

“Castaner à l’Intérieur: avec Emmanuel Macron, le pire est toujours sûr…”, a tranché Marine Le Pen (RN).

Jean-Luc Mélenchon a pour sa part accusé le Premier ministre d’avoir orchestré une “énorme opération de police politique” avec les perquisitions menées à son domicile mardi matin ainsi qu’au siège de La France insoumise et chez plusieurs de ses collaborateurs.

Publié le mardi 16 octobre 2018 à 17:40, modifications mardi 16 octobre 2018 à 17:40

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