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En Afrique du Sud, l’ANC divisée sur le choix du successeur de Zuma

Les milliers de délégués du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud, ont repris dimanche les tractations préalables au choix du successeur de leur contesté président Jacob Zuma, crucial à deux ans des prochaines élections.

La bataille oppose le vice-président Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste reconverti en richissime homme d’affaires, à la candidate de M. Zuma, son ex-épouse et ancienne patronne de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini Zuma.

Dans la foulée d’une campagne indécise et tendue, les opérations de vote ont débuté à Johannesburg avec beaucoup du retard, engluées dans les contestations.

Le porte-parole du parti Zizi Kodwa rapporte :

Le verdict du scrutin pourrait tomber au mieux dimanche soir ou lundi matin.

Et d’ajouter :

Nous sommes encore en train de vérifier les accréditations des délégués. Il est difficile de dire quand le vote aura lieu ou quand les résultats seront proclamés tant que nous n’avons pas réglé ce problème.

Plus de 5.200 délégués issus de toutes les sections locales et branches du parti doivent participer à ce vote à bulletins secrets.

Le vainqueur de ce duel au couteau à de bonnes chances de devenir le prochain président du pays en 2019, à la fin du deuxième quinquennat de Jacob Zuma.

Le président sud-africain Jacob Zuma au congrès de l'ANC le 16 décembre 2017 à Johannesburg

(credit photo AFP) Le président sud-africain Jacob Zuma au congrès de l’ANC le 16 décembre 2017 à Johannesburg

Mais, ainsi que l’a reconnu lui-même samedi le chef de l’Etat en ouvrant la réunion, le parti de l’icône Nelson Mandela a vu son étoile sérieusement pâlir depuis sa large victoire lors premières élections libres de l’histoire du pays.

‘Frustration’

“Notre échec à régler les problèmes a commencé à peser sur notre mouvement”, a concédé M. Zuma dans son discours d’adieu de chef du parti, citant “la corruption, la criminalité et l’emploi”.

Affaibli par la crise économique et les accusations de corruption qui visent Jacob Zuma, l’ANC a subi un sérieux revers aux élections locales de 2016 en cédant à l’opposition le contrôle de villes de premier plan comme Johannesburg et Pretoria.

Dlamini Zuma

(credit photo AFP) Dlamini Zuma

Et de nombreux analystes lui prédisent déjà une défaite historique et la perte de sa majorité absolue aux élections générales de 2019.

M. Zuma a déploré samedi :

Notre peuple est frustré quand nous perdons du temps à nous quereller entre nous plutôt que de résoudre les défis quotidiens auxquels il est confronté.

Conscient des fractures qui minent son mouvement, le chef de l’Etat a appelé samedi les candidats à l’unité du parti :

Ils ont accepté de respecter les résultats. Je veux que chacun d’eux garde bien ça en tête.

Cyril Ramaphosa

(credit photo AFP) Cyril Ramaphosa

Rien n’est mois sûr, car la rivalité entre les camps des deux favoris semble à son comble et menace de faire éclater l’ANC.

Soutenu par l’aile modéré du parti, très apprécié des marchés, Cyril Ramaphosa, 65 ans, a promis de relancer l’économie et violemment dénoncé la corruption du clan Zuma.

Une déléguée, Natalie Gillion, a ainsi résumé à l’AFP :

Nous défendons Cyril pour qu’il nettoie l’ANC (…) et le pays de la corruption et pour qu’il travaille pour les plus pauvres.

‘Unité’

Il a reçu samedi un soutien de poids, celui de la présidente du Parlement Baleka Mbete. Elle a annoncé samedi :

Nous soutenons officiellement Cyril.

Face à lui, Nkosazana Dlamini Zuma, 68 ans, a repris le discours de son ex-époux, sur la redistribution des richesses au profit de la majorité noire, dont une large partie continue à vivre dans la pauvreté un quart de siècle après la chute de l’apartheid.

Le chef de la Ligue des jeunes de l’ANC, Collen Maine a déclaré à l’AFP :

Nous soutenons la camarade Nkosazana Zuma parce que je trouve qu’elle défend, qu’elle parle beaucoup de la transformation radicale de l’économie.

Ses adversaires reprochent à Mme Dlamini Zuma de n’être qu’une marionnette de son “ex” et de lui avoir promis l’immunité judiciaire pour les scandales dans lesquels il est impliqué.

M. Ramaphosa a pris un petit avantage sur sa rivale en la devançant d’une petite longueur dans la course aux nominations par les sections locales du parti.

Mais la liberté totale de vote accordée aux délégués présent à la conférence peut aisément le remettre en cause.

L’analyste Aubrey Matshiqi a commenté à l’AFP :

Il est impossible de faire un pronostic car cela va se jouer à peu de choses.

Et d’ajouter :

Un résultat très serré pourrait provoquer une rupture ou, pire, bloquer la conférence. Ce serait un désastre pour l’ANC parce qu’au lieu de préparer les élections de 2019, il serait obligé de gérer l’impact d’un tel effondrement.

Publié le dimanche 17 décembre 2017 à 12:07, modifications dimanche 17 décembre 2017 à 11:35

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