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Disparition de Khashoggi: Ryad rejette les menaces de sanctions

Ryad a promis dimanche des représailles si des sanctions étaient prises à son encontre, au lendemain de menaces du président américain Donald Trump évoquant un “châtiment sévère” pour l’Arabie Saoudite si sa responsabilité était avérée dans la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Cette disparition au retentissement planétaire pourrait avoir un impact significatif sur le programme de réformes, notamment économiques, mises en avant par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Dimanche, la Bourse de Ryad a accusé une baisse de plus de 7%, face aux possibles répercussions de l’affaire.

La veille, dans un entretien à la chaîne de télévision CBS, le président américain Donald Trump, grand allié de l’Arabie saoudite, a pour la première fois haussé le ton, après avoir jugé possible l’implication de Ryad dans le sort de M. Khashoggi, entré le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul pour ne plus réapparaître depuis.

Si Ryad est responsable, il y aura “un châtiment sévère”, a ajouté M. Trump.

Ryad, qui dément catégoriquement toute implication dans l’éventuel meurtre du journaliste –exilé aux Etats-Unis depuis 2017–, a de son côté dit “rejeter entièrement toute menace ou tentative de l’affaiblir, que ce soit via des menaces d’imposer des sanctions économiques ou l’usage de pression politique”.

Si des sanctions sont appliquées, le royaume répondra avec “de plus grandes” sanctions, a déclaré un haut responsable saoudien, citée par l’agence officielle SPA, sous le couvert de l’anonymat. “L’économie du royaume a un rôle vital et d’influence pour l’économie mondiale”, a-t-il mis en garde.

La Bourse de Ryad a fortement dévissé dimanche, enregistrant sa plus grave dégringolade en trois ans, les investisseurs saoudiens réagissant principalement aux propos de M. Trump.

Photo du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, prise le 15 décembre 2014 à Manama (Bahreïn).

(credit photo AFP/Archives) Photo du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, prise le 15 décembre 2014 à Manama (Bahreïn).

Peu après le début de sa première séance de la semaine, l’indice Tadawul All-Shares Index (Tasi) a perdu environ 7% avant de se reprendre légèrement, à -5%.

A 10H30 GMT, il frôlait le seuil symbolique des 7.000 points, effaçant ainsi tous les gains engrangés en 2018 et la hausse de 18% enregistrée depuis le début de l’année.

Investisseurs échaudés

Un manifestant proteste contre la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à Washington, le 8 octobre 2018.

(credit photo AFP) Un manifestant proteste contre la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, à Washington, le 8 octobre 2018.

Samedi, Ankara a reproché à Ryad de ne pas coopérer, et notamment de ne pas laisser les enquêteurs accéder au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

Des responsables turcs ont affirmé que le journaliste y avait été assassiné par des agents saoudiens. Ryad affirme qu’il a quitté le bâtiment.

Une délégation saoudienne devait s’entretenir à Ankara avec des responsables turcs dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de M. Khashoggi.

Samedi, le ministre saoudien de l’Intérieur, Abdel Aziz ben Saoud ben Nayef, cité par l’agence SPA, a dénoncé de “fausses accusations contre l’Arabie saoudite”.

Alors que les investisseurs s’enthousiasmaient encore il y a quelques semaines des pharaoniques projets économiques du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit “MBS”, l’affaire Khashoggi semble en avoir refroidi certains.

“Il y a une sorte d’incertitude autour de la situation concernant la disparition de (Jamal) Khashoggi, qui provoque la chute du marché”, a déclaré à l’AFP Mohammed Zidan, analyste en stratégie pour Thinkmarket à Dubaï.

Le milliardaire britannique Richard Branson a annoncé geler plusieurs projets dans le royaume.

Autre contrecoup de l’affaire Khashoggi, plusieurs partenaires prestigieux ont annoncé ne plus participer au “Davos du désert”, la deuxième édition de la conférence “Future Investment Initiative”, qui doit se tenir du 23 au 25 octobre à Ryad.

Cher à “MBS”, l’événement est boudé notamment par des médias, comme le Financial Times, The New York Times et The Economist, mais aussi le patron d’Uber, une compagnie de VTC.

Du côté du camp saoudien, un puissant hommes d’affaires émirati, Khalaf Al-Habtoor, a enjoint les pays du Golfe et les alliés de Ryad à boycotter les entreprises qui se désolidarisaient de ce rendez-vous.

“Le fait que des participants de premier plan (…) se retirent a aussi eu un impact négatif sur l’attitude des investisseurs” dimanche, a ajouté l’analyste Mohammed Zidan.

Jeudi, l’index Tasi avait déjà chuté de 3%, dans le sillage d’un vent de panique planétaire qui avait fait plonger Wall Street et les marchés asiatiques.

“Les pertes massives à Wall Street et des autres places boursières internationales a aussi joué un rôle dans l’effondrement des cotations saoudiennes”, a remarqué M. Zidan.

Un employé du consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie, à l'entrée du bâtiment le 13 août 2018.

(credit photo AFP) Un employé du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie, à l’entrée du bâtiment le 13 août 2018.

Au cours de ses deux dernières séances boursières –jeudi et dimanche–, le marché a au total perdu 50 milliards de dollars de capitalisation, désormais à 450 milliards de dollars.

Les autres marchés du Golfe sont eux d’humeur morose, la Bourse de Dubaï chutant de 1,5%, et celles d’Abou Dhabi et du Koweït de respectivement 0,74 et 0,4%.

Publié le dimanche 14 octobre 2018 à 14:40, modifications dimanche 14 octobre 2018 à 14:40

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