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Deux nouveaux points de passage ouvrent à Chypre, une première en huit ans

Deux nouveaux points de passage sur l’île divisée de Chypre ont ouvert lundi, une première en près d’une décennie, au moment où les Nations unies tentent de relancer les négociations de réunification dans ce petit pays de l’Union européenne.

Des dizaines de Chypriotes de la partie sud de l’île, essentiellement peuplée par des Chypriotes-grecs, sont passés au nord par le point de passage de Dherynia/Derinya (est), a constaté une journaliste de l’AFP. Au même moment, celui de Lefka/Aplici ouvrait dans le nord-ouest de l’île touristique.

A Dherynia, cette ouverture, vers 10H00 GMT, s’est déroulée sans enthousiasme, et des tensions ont même été enregistrées parmi des personnes massées autour du point de passage. Il n’y a toutefois eu aucun heurt. Un petit groupe de policiers anti-émeutes était présent.

Des soldats avaient au préalable retiré les barrières enrobées de fils barbelés, selon la journaliste de l’AFP. Dans la zone tampon surveillée par l’ONU, une carcasse de voiture et des panneaux mettant en garde contre la présence de mines étaient visibles.

“Aujourd’hui est un bon jour pour Chypre”, a estimé la cheffe de la force de maintien de la paix de l’ONU pour Chypre (Unficyp), Elizabeth Spehar.

“Ces points de passage vont jouer un rôle important en aidant à accroître le contact entre les gens, et en contribuant à restaurer la confiance entre communautés”, a-t-elle souligné dans un communiqué.

Le président de la République de Chypre, Nicos Anastasiades, et le dirigeant chypriote-turc, Mustafa Akinci, avaient annoncé fin octobre leur accord pour l’ouverture de ces deux nouveaux points de passage, les 8e et 9e de l’île.

“Capables de se comprendre”

Ancienne colonie britannique, Chypre est divisée depuis que l’armée turque a envahi en 1974 le tiers nord en réaction à un coup d’Etat qui visait à rattacher le pays à la Grèce et qui avait suscité une vive inquiétude dans la minorité chypriote-turque.

Depuis, la République de Chypre, seule reconnue par la communauté internationale et membre de l’UE, n’administre que la partie sud. Au nord se trouve une “République turque de Chypre du Nord”, entité autoproclamée seulement reconnue par la Turquie, qui y a stationné plus de 30.000 militaires.

Plusieurs tentatives de règlement ont eu lieu ces dernières décennies, mais un des points d’achoppement des négociations porte sur le sort de ces soldats turcs.

Il n’y a pas eu de rencontre officielle entre les deux parties depuis l’échec du précédent cycle de négociations, en Suisse en juillet 2017, à l’exception d’un dîner informel en avril où les deux responsables avaient constaté la persistance de leurs désaccords.

Pour le Chypriote-grec Chris Charalambous, qui avait 18 ans quand la guerre a éclaté en 1974, l’ouverture des deux points de passage est malgré tout un pas en avant pour les pourparlers de paix. Pour la première fois, il dit avoir espoir de revoir sa maison, qui se trouve selon lui dans une zone militaire du nord.

“Je vais juste traverser (de l’autre côté) puis revenir. Je ne sais pas si je peux supporter de passer beaucoup de temps dans le nord”, a-t-il confié à l’AFP.

Les deux communautés ont vécu de manière totalement séparée jusqu’à l’ouverture du premier checkpoint en 2003. La dernière ouverture d’un point de passage, avant les deux de lundi, remontait à 2010.

Petros Georgiou, 57 ans, se rappelle encore, pour sa part, avoir “couru pour sauver (sa) vie” en 1974.

“J’ai toujours cru que si les gens se rencontrent et se parlent ils sont capables de se comprendre, à condition d’avoir la volonté de s’écouter”, juge-t-il néanmoins.

M. Georgiou affirme qu’il se rendra dans “la zone occupée”, mais qu’il n’y dépensera pas son argent.

Publié le lundi 12 novembre 2018 à 14:10, modifications lundi 12 novembre 2018 à 14:10

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