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Décès de Simone Veil, icône des droits des femmes

C’est une bien triste nouvelle que nous apprenons ce vendredi matin : Simone Veil est décédée à son domicile, à Paris. C’est la famille de cette grande figure de la vie politique française et des droits des femmes qui a annoncé la terrible nouvelle.

Âgée de 89 ans, cette ancienne Ministre et ex-président du Parlement européen, a marqué toute une génération, et laisse une sacrée empreinte dans l’histoire de la femme en France. Cette grande dame, notamment célèbre pour avoir porté la loi légalisant l’avortement en 1974, était rescapée des camps de la morts, et incarnait entre autre, la mémoire de la Shoah. Figure incontestée des droits des femmes, Simone Veil a eu une vie bien remplie.

Retour sur la vie d’une femme pas tout à fait comme les autres.

Une femme d’origine juive

Simone Veil, née Jacob, a vu le jour à Nice, le 13 juillet 1927. Elle a toujours expliqué que sa famille vivait en France depuis plusieurs siècles, et qu’elle était juive, mais plutôt culturellement parlant que religieusement. C’est en tout cas ainsi qu’elle a été élevée, loin des synagogues. Simone Veil a d’ailleurs expliqué dans son autobiographie la chose suivante, en parlant de son père :

A ses yeux, si le peuple juif demeurait le peuple élu, c’était parce qu’il était celui du Livre, le peuple de la pensée et de l’écriture.

Cependant, ses origines juives la rattrapent, elle et sa famille, pendant la seconde guerre mondiale. Le statut des juifs est sur le devant de la scène en 1940, et son père, architecte, perd son droit d’exercer. Toute la famille est arrêtée par les Allemands en 1944. Simone Veil sa mère et sa sœur sont déportée à Auschwitz. C’est en mentant sur son âge (elle a 16 ans et dit en avoir 18) qu’elle échappe aux chambres à gaz.

Tatouée d’un matricule sur le bras gauche, Simone Veil est affectée aux travaux de prolongation de la rampe de débarquement. Neuf mois après son arrivée, les Allemands déplacent les 40 000 déports, et c’est le début de la marche de la mort. 70 kilomètres sous la neige, dans un froid terrible… avant la déportation jusqu’au camp de Mauthausen, puis, de Bergen-Belsen. C’est là que sa maman décédera du Typhus. Simone Veil ne reverra jamais ni son père, ni son frère, sans jamais découvrir ce qui leur était véritablement arrivé.

Une vie marquée par les camps de concentration

Ces longs mois dans les camps de concentration ont complètement bouleversé la vie de Simone Veil. La cicatrice sera présente, tout au long de sa vie. Elle a d’ailleurs décidé de garder le matricule 78651 tatoué sur son bras gauche, contrairement à d’autres rescapés qui ont choisi de l’effacer. Mais elle a toujours préférer affronter le souvenir. Elle a œuvré toute sa vie pour ne pas oublier le génocide.

C’est dans cet objectif d’ailleurs qu’en 1995, elle devient Présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. On se souvient alors de son remerciement envers Jacques Chirac qui est le premier à avoir reconnu officiellement la responsabilité de notre pays dans la déportation des juifs. Elle avait besoin de cette reconnaissance, en tant que survivante, et pour tous ceux qui ont vécu cet enfer.

Car oui, Simone Veil a survécu au plus grand drame du siècle dernier. Ce qui l’a rendue plus forte. Elle possédait un instinct de survie très développé, et a mené tous ses combats avec un acharnement sans faille.

D’ailleurs, dès qu’elle est rentrée des camps de concentration, elle a souhaité s’inscrire à Sciences Po, avant de se marier et d’avoir trois garçons. Elle voulait mener une vie indépendante, a toujours revendiqué le droit pour la femme de travailler tout en élevant ses enfants. Même si son époux n’a pas toujours été d’accord d’ailleurs !

Une carrière incroyable

Simone Veil se tourne vers la magistrature, mais finit rapidement par évoluer en politique. Elle évolue dans le MRP, Milieu Républicain Populaire, dont son mari est très proche. Cependant, elle a plutôt des sensibilités de gauche. Elle avouera avoir plusieurs fois voté socialiste d’ailleurs !

Mai 1968 est une étape très importante pour Simone Veil qui observe le mouvement de loin, non sans une certaine fierté. Puis, en 1969, elle vote pour Georges Pompidou. Juste avant de devenir la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Puis d’être également la première femme à siéger au conseil d’administration de l’ORTF. Simone Veil a très envie de participer à la vie politique française, et c’est le début d’une très belle aventure pour cette femme au grand cœur.

Un coup de téléphone inattendu

Un soir de 1976, alors que Simone Veil dîne chez des amis, elle est interrompue par un coup de téléphone. Jacques Chirac lui téléphone, et lui demande si elle souhaite entrer au Gouvernement. L’homme politique lui propose de devenir Ministre de la Santé. Elle hésite mais finit par accepter. C’est une belle opportunité ! Surtout pour le combat qu’elle s’apprête à mener.

Car la tâche est compliquée. Les femmes se rebellent en France, et le Planning Familial pratique des avortements clandestins. Donc, Simone Veil se lance à corps perdu dans ce projet, et prépare une loi pour autoriser l’IVG. Ce texte est d’abord très mal accueilli, la femme politique étant souvent insultée. Les débats à l’Assemblée nationale sont d’une violence extrême. Mais le 26 novembre 1974, c’est un véritable tournant pour la loi. Simone Veil prend la parole au Parlement et déclare :

Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours. (…) Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir. Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême.

Finalement, malgré les réticences de nombreux députés, Simone Veil aura le dernier mot. Elle devient une icône de la libération de la femme en France. Et même dans le monde entier.

Une vie politique intense

Simone Veil va rester cinq années au Ministère de la santé. Puis elle reprendra ce poste entre 1993 et 1995, dans le Gouvernement Balladur. En 1979, Simone Veil est élue députée européenne, et devient la présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel. Tout un symbole !

Dans les années 1990, Simone Veil se concentre sur le Conseil Constitutionnel, qu’elle quitte uniquement en 2007. Puis, cette même année, elle quitte la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Mais elle reste accrochée à ces souvenirs, ceux de ses parents, de son frère, de sa sœur récemment décédé, et de son mari qui l’a également quittée. Elle affirme que tous l’accompagnent, pour former une chaîne. Aujourd’hui, elle a quitté ce monde, retrouvant sa famille.

En mars 2010, Simone Veil était entrée à l’Académie française, devenant ainsi immortelle. Cette même année, dans un sondage IFOP pour le JDD, réalisé à l’occasion du 100e anniversaire de la journée des droits de la femme, Simone Veil était désignée femme préférée des Français. Ce qui ne nous semble pas étonnant…

La France pleure aujourd’hui une grande femme que nous n’oublierons jamais…

Publié le vendredi 30 juin 2017 à 12:06, modifications vendredi 30 juin 2017 à 14:55

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