Actualité

D’amuseur public à idole, le parcours de Microman, catcheur nain mexicain

Des muscles, de la puissance, de l’audace et seulement 90 centimètres de hauteur: c’est Microman, le plus petit des catcheurs mexicains. A 19 ans, il est la nouvelle star au Mexique de ce mélange de sport et de spectacle de cirque, véritable catharsis collective pour les fans.

“Microman est un catcheur qui appartient à tous”, se vante l’athlète, parlant de lui à la troisième personne, conscient de l’aventure exceptionnelle qu’il vit.

Sans crainte, il monte au plus haut point du ring – plus de trois fois sa hauteur – pour se lancer au cou de son rival. Il bloque ses adversaires avec des clés de bras ou utilise les cordes pour se faire tourner comme une hélice.

Microman a acquis une certaine notoriété depuis le lancement l’an dernier de la catégorie des “micro estrellas” (micro-étoiles) au sein du catch mexicain, à laquelle il participe avec sept autres athlètes de petite taille.

Depuis, il se produit régulièrement dans la salle de l’Arena de Mexico, le “temple” de la “lucha libre”, le catch mexicain.

Microman, le plus petit des catcheurs mexicains, saute sur son adversaire pendant un combat à l'arena de Mexico, le 7 septembre 2018

(credit photo AFP) Microman, le plus petit des catcheurs mexicains, saute sur son adversaire pendant un combat à l’arena de Mexico, le 7 septembre 2018

Microman entre en scène avec les autres “micro-étoiles” sur une passerelle illuminée, sous les vivats de la foule. Les petits catcheurs s’échauffent, font quelques pas de danse ou des acrobaties, qui provoquent les rires des spectateurs.

Quelques minutes plus tard, la férocité et vivacité de Microman sur le ring font taire les moqueries et le jeune homme emporte l’adhésion du public. Les sifflets redoublent quand un rival l’attaque et les spectateurs le soutiennent quand c’est lui qui passe à l’offensive.

“Zéro gravité”

“Il est très jeune et se bat bien, il se déplace avec agilité”, commente Felipe Escorza, un spectateur de 30 ans qui découvre Microman.

Le jeune catcheur est même capable de faire la figure du “zéro gravité”, se tenant à la verticale au-dessus du ring, mains agrippées aux cordes, avant de basculer ses jambes dans le vide autour de son adversaire.

“Il le fait extrêmement bien”, analyse Juan Carlos Elizalde, un ouvrier du bâtiment de 28 ans venu admirer le spectacle avec des amis.

Chamuel, Gallito et Microman, catchers nains, s'entraînent dans l'Arena de Mexco le 18 juillet 2018

(credit photo AFP) Chamuel, Gallito et Microman, catchers nains, s’entraînent dans l’Arena de Mexco le 18 juillet 2018

Pour en arriver là, Microman a dû combattre les préjugés qui le condamnaient à jouer les seconds rôles.

“Mon père m’a donné des conseils et m’a aidé, sans tenir compte du qu’en-dira-t-on”, raconte celui qui est le fils de Kemonito, autre personnage célèbre du catch mexicain.

Durant 30 ans, Kemonito a fait office de mascotte dans les spectacles de catch professionnel, vêtu d’un costume de fourrure bleu et jaune. C’était alors la seule place qu’un nain pouvait espérer occuper. Si on l’autorisait à combattre, c’était uniquement dans des affrontements inégaux destinés à amuser la galerie.

“Il y a 20 ans, on les jetait (sur le ring) face à des catcheurs pouvant mesurer jusqu’à deux mètres, ils sortaient de là avec des blessures”, déplore Catalina Gaspar, 45 ans, militante pour les droits des personnes de petite taille.

“Certains sont restés paralysés, d’autres sont morts (…) il y en a un qui s’est suicidé”, se souvient-elle.

De bouffons à idoles

La nouvelle génération est entraînée comme les autres professionnels.

“On les voit comme des idoles, et non plus comme des animaux de compagnie ou des bouffons”, se réjouit Mme Gaspar.

La ligue leur prodigue des soins médicaux en cas de blessures et les soutient financièrement durant leur convalescence.

En temps normal, s’ils n’ont pas de salaire fixe, ils ont l’assurance de participer à au moins deux spectacles par mois rémunérés.

Microman, un catcheur nain, salue ses supporteurs dans l'arena de Mexico, le 7 septembre 2018

(credit photo AFP) Microman, un catcheur nain, salue ses supporteurs dans l’arena de Mexico, le 7 septembre 2018

Catalina Gaspar milite pour qu’ils bénéficient aussi d’un logement et d’un soutien financier “lorsqu’ils se retireront des rings”.

“Microman est le plus petit de tous, mais c’est la plus grande star des micro-étoiles”, commente Ultimo Guerrero (Dernier guerrier), ancien catcheur et créateur de ce groupe de combattants dont la taille ne doit pas dépasser 1,20 m.

La première apparition de Microman sur le ring avec les micro-étoiles, dont le vaniteux Guapito et le clown diabolique Chamuel, en avril 2017, est restée gravée dans les mémoires.

“C’était de la folie”, se souvient Mme Gaspar. A tel point que l’idée d’en faire une compétition régulière est née.

“Je ne m’attendais pas à ce que les gens m’accueillent de cette manière, me soutiennent autant sans me connaître”, confie Microman. “C’est le moment le plus heureux que j’aie vécu” dans l’univers du catch, confie-t-il.

Son mentor Ultimo Guerrero partage cette joie et estime être à l’origine de cette évolution. “C’est quelque chose dont je suis très fier”, que ces catcheurs de petite taille “puissent se réaliser sur un ring”, conclut-il.

Publié le vendredi 28 septembre 2018 à 16:40, modifications vendredi 28 septembre 2018 à 16:40

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !