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Brésil: fusion ministérielle polémique pour le futur gouvernement Bolsonaro

Le président brésilien élu Jair Bolsonaro a dessiné les contours de son futur gouvernement d’extrême droite, avec notamment un grand ministère de l’Economie et la fusion annoncée des portefeuilles de l’Agriculture et de l’Environnement, immédiatement critiquée par des associations écologistes.

Pour le ministère de la Justice, le président élu a fait un appel du pied à Sergio Moro, figure emblématique de la lutte anticorruption, qui s’est dit “honoré” dans l’attente d’une proposition formelle.

M. Bolsonaro, qui entrera en fonctions le 1er janvier, a également évoqué la possibilité de proposer au magistrat un poste de juge de la Cour suprême, qui sera à pourvoir durant son mandat.

Le juge Moro s’est notamment illustré en condamnant en première instance l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, qui purge une peine de 12 ans et un mois de prison depuis avril pour corruption passive et blanchiment.

À l’issue d’une réunion, mardi, de Jair Bolsonaro avec ses proches conseillers à Rio de Janeiro, le député Onyx Lorenzoni, présenté comme le futur chef du gouvernement, a confirmé la réduction du gouvernement à “15 à 16 ministères”, contre une trentaine actuellement.

Le juge brésilien anticorruption Sergio Moro, le 30 mai 2017 à Estoril (Portugal)

(credit photo AFP/Archives) Le juge brésilien anticorruption Sergio Moro, le 30 mai 2017 à Estoril (Portugal)

Cela implique la fusion de plusieurs ministères. “L’Agriculture et l’Environnement feront partie du même ministère, comme prévu au départ”, a précisé M. Lorenzoni.

Pourtant, Jair Bolsonaro avait indiqué quelques jours avant le second tour être “ouvert à la négociation” sur ce point très controversé de son programme.

Chili, Israël, Etats-Unis

Les écologistes considèrent que cette fusion reviendrait à sacrifier la protection de l’environnement aux intérêts du puissant lobby de l’agro-business, qui soutient ouvertement le président élu.

Cette mesure inquièterait même des représentants de ce lobby, qui craignent des sanctions commerciales de pays étrangers sur les exportations brésiliennes de viande ou de soja, deux productions à fort impact environnemental.

L’écologiste Marina Silva, ex-ministre de l’Environnement et candidate à la présidentielle, a qualifié cette fusion de “désastre”, estimant sur Twitter qu'”une ère tragique s’ouvre où la protection de l’environnement est égale à zéro”.

Pour Greenpeace, cette fusion est une “grande erreur” dans “un pays qui a la plus grande biodiversité de la planète et la plus grande forêt du monde”, l’Amazonie, et qui ainsi “se tire une balle dans le pied d’un point de vue économique”.

Paulo Guedes, gourou ultra-libéral du président élu du Brésil Jair Bolsonaro, le 30 octobre 2018 à Rio

(credit photo AFP) Paulo Guedes, gourou ultra-libéral du président élu du Brésil Jair Bolsonaro, le 30 octobre 2018 à Rio

Autre fusion, autre confirmation d’une promesse de campagne: Paulo Guedes, gourou ultra-libéral de Bolsonaro, a assuré qu’il serait à la tête d’un super-ministère de l’Economie, qui réunira les ministères actuels des Finances, de la Planification, de l’Industrie et du Commerce extérieur.

La semaine dernière, après une réunion avec des représentants des secteurs industriels et agricoles, il avait pourtant affirmé qu’il maintiendrait les portefeuilles de l’Industrie et du Commerce extérieur séparés de celui de l’Economie.

La Bourse de Sao Paulo a clôturé mardi en hausse de 3,69%.

La composition du gouvernement Bolsonaro avance: “environ 80% des postes de ministres ont déjà été attribués”, a fait savoir Gustavo Bebianno, autre éminence grise de Jair Bolsonaro qui a participé à la réunion.

Les déplacements du président élu se dessinent aussi. Sur le plan intérieur, il a indiqué lundi qu’il irait la semaine prochaine à Brasilia pour rencontrer le chef d’Etat sortant Michel Temer. Ses premiers voyages à l’étranger seront au Chili, en Israël et aux Etats-Unis, des pays “qui partagent notre vision du monde”, a affirmé Onyx Lorenzoni.

Endoctrinement

Montage réalisé le 8 octobre 2018 montrant le président américain Donald Trump et le président élu brésilien Jair Bolsonaro

(credit photo AFP/Archives) Montage réalisé le 8 octobre 2018 montrant le président américain Donald Trump et le président élu brésilien Jair Bolsonaro

L’opposition s’est manifestée mardi soir à Sao Paulo, où des milliers de personnes ont chanté “Pas lui” (Bolsonaro), lui jamais”, sous la surveillance de nombreux policiers militaires.

Et une nouvelle polémique a surgi: la Fondation Joao Pinheiro, un institut public d’enseignement lié à l’Etat du Minas Gerais (sud-est), a demandé à la justice d’enquêter sur une vidéo où l’on voit Jair Bolsonaro accuser nommément certains de ses professeurs de défendre les régimes de Cuba et de Corée du Nord devant leurs élèves.

Dans cette vidéo non datée, Jair Bolsonaro affirme face caméra, après avoir énuméré les identités de huit professeurs: “Si nous vivions dans le régime que vous défendez, nous ne pourrions pas voir ce message à travers cet appareil merveilleux, qui n’est pas fabriqué en Corée du Nord ou à Cuba. Ouvrez les yeux! Arrêtez de vous bercer d’illusions!”

Le Ministère public avait déjà ouvert une enquête contre Ana Caroline Campagnolo, une députée du PSL de l’Etat de Santa Catarina (sud), pour avoir incité sur Facebook les étudiants à filmer et dénoncer les professeurs “irrités” par le résultat de l’élection présidentielle de dimanche, et qui cherchent à “endoctriner” leurs élèves. Le procureur a estimé que Campagnolo avait fait preuve de “harcèlement moral” avec son appel.

Publié le mercredi 31 octobre 2018 à 5:10, modifications mercredi 31 octobre 2018 à 5:10

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