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Bosnie: Oric, le “défenseur de Srebrenica” à l’heure du verdict

“Héros” pour les siens, “assassin” pour de nombreux Serbes, Naser Oric, ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica, attend vendredi à Sarajevo son verdict dans un procès pour crimes de guerre durant le conflit intercommunautaire de 1992-95.

Une condamnation ferait date: né dans la région de Srebrenica (est), Naser Oric est un des combattants bosniaques les plus emblématiques de la guerre contre les forces serbes de Bosnie.

Si des condamnations ont été prononcées contre des subalternes, jamais un Bosniaque musulman disposant de cette aura et de cette stature n’a été reconnu coupable par la justice de son pays.

“Le procès contre Naser Oric est très sensible”, “quel qu’il soit, le jugement sera sévèrement critiqué par l’une des parties”, dit Erna Mackic, journaliste spécialisée dans les crimes de guerre.

Acquitté à La Haye

En 2008, après plusieurs années en détention à La Haye, il avait été acquitté par la justice internationale. Il était accusé de n’avoir pas empêché les mauvais traitements contre des prisonniers de guerre et d’avoir mené des attaques contre des villages serbes du secteur de Srebrenica.

L’an passé, c’est la justice bosnienne qui le jugeait innocent de l’assassinat en 1992 de trois militaires serbes capturés dans les environs de Srebrenica.

Mais cette relaxe et celle de son frère d’armes Sabahudin Muhic, 50 ans, avaient été cassées pour des raisons de procédure, provoquant ce nouveau procès.

Naser Oric, ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica, en mai 1995 près e Tuzla

(credit photo AFP/Archives) Naser Oric, ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica, en mai 1995 près e Tuzla

Les troupes de Naser Oric ont tenu pendant plus de trois ans le siège imposé par les forces serbes de Ratko Mladic.

Alors que Naser Oric l’avait quittée avec plusieurs de ses officiers pour une réunion du commandement bosniaque à Sarajevo, l’enclave musulmane, pourtant placée sous la protection de l’ONU, tombait finalement en juillet 1995.

En quelques jours, plus de 8.000 hommes et adolescents bosniaques, ont alors été massacrés par les forces serbes dans les alentours de Srebrenica, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde guerre mondiale.

Considéré comme un acte de génocide par la justice internationale, ce massacre a valu une condamnation à Ratko Mladic (perpétuité) ainsi qu’au propagandiste serbe de l’épuration ethnique, Radovan Karadzic (40 ans de réclusion).

Près de 2.500 morts

Mais pour les Serbes, Naser Oric est un “boucher”, dont les troupes ont commis des exactions pour vider de leur population serbe des villages du secteur de Srebrenica.

Des associations de victimes estiment que 2.428 civils et militaires serbes ont été tués dans cette zone entre 1992 et 1995.

Pour Milorad Kojic, directeur du Centre d’investigation des crimes de guerre de Banja Luka (nord), un institut qui dépend des autorités serbes de Bosnie, une condamnation de Naser Oric “est indispensable pour la réconciliation entre les peuples” de Bosnie.

Une condamnation “serait une honte et une insulte pour les victimes” bosniaques, dit au contraire Kada Hotic, responsable d’une des associations des mères de Srebrenica, qui a perdu un fils, le mari et deux frères dans le massacre de 1995. Les Serbes pensent qu’une “condamnation allégerait le génocide qu’ils ont commis à Srebrenica”.

Toujours divisé selon des lignes ethniques et fracturé par les ressentiments communautaires, ce petit pays des Balkans est peuplé pour moitié de Bosniaques musulmans, pour un tiers de Serbes orthodoxes et pour 15% de Croates catholiques.

Depuis la guerre, Oric s’est fait discret, son nom réapparaissant parfois dans les médias locaux en lien avec des affaires de criminalité. En 2009, il est condamné à deux ans de prison pour possession illégale d’armes, avant de bénéficier d’une grâce présidentielle.

Amateur de chasse et de musculation, ce quinquagénaire portant beau, à la barbe poivre et sel, est souvent présenté comme un homme d’affaires dans la presse. Dans un des très rares reportages où il s’exprimait, lui disait en 2013 s’adonner désormais à l’activité de berger de montagne.

En cas de condamnation, Oric et Muhic pourront faire appel. En cas d’acquittement, le dossier sera clos.

Publié le vendredi 30 novembre 2018 à 7:15, modifications vendredi 30 novembre 2018 à 7:15

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