Actualité

Banlieues: Borloo propose un ambitieux plan de “réconciliation nationale”

Fonds de 5 milliards d’euros, relance de la rénovation urbaine, effort sur l’école… Très attendu dans les banlieues, l’ambitieux rapport remis jeudi par Jean-Louis Borloo se veut aussi un avertissement sur les risques de “repli identitaire et communautaire” dans les quartiers, voire d'”apartheid” en matière de mixité.

Intitulé “Vivre ensemble – vivre en grand la République”, ce rapport de 60 pages qui appelle à une “réconciliation nationale” nourrira le “plan de mobilisation” en faveur des quartiers prioritaires qu’Emmanuel Macron annoncera “dans le courant du mois de mai”, a indiqué le Premier ministre Edouard Philippe après avoir reçu le document.

Dès les premières lignes, l’ancien ministre de la Ville, au crédit incontesté en raison de son bilan en matière de rénovation dans les quartiers, pose son diagnostic. “Près de 6 millions d’habitants vivent dans une forme de relégation” voire, parfois, “d’amnésie de la Nation”. L’effort public est “en berne”, tandis que les maires de banlieues “craquent parfois”.

Les quartiers populaires “ne demandent pas l’assistance” mais simplement “le droit à l’égalité républicaine”, martèle M. Borloo sur un ton souvent passionné. Mais avec un taux de chômage “presque 3 fois supérieur” à la moyenne, des équipements et services publics “massivement moins présents qu’ailleurs”, l’écart des chances d’avenir “ne cesse de croître” selon les territoires.

La foi dans le système est fortement atteinte et cette situation ne sera pas tenable si nous renonçons à intégrer dans le rêve français dix millions d’âmes invisibles, une jeunesse lumineuse, colorée et en quête de participation

prévient-il.

Il y a également urgence à “ne pas laisser prospérer les idées d’inégalité des sexes et de séparation des genres dans l’espace public, comme un nouvel apartheid”, affirme-t-il, reprenant à l’ex-Premier ministre Manuel Valls son expression polémique d'”apartheid”, employée après les attentats jihadistes de 2015.

“Changement radical”

Aussi le rapport, dont l’AFP a pu consulter une copie, appelle-t-il à “un changement radical dans la conduite de l’action publique”, avec 19 programmes allant de la “relance immédiate de la rénovation urbaine” à la réorganisation de l’école en passant par la création d’une “académie des leaders” inspirée de l’ENA.

Ces programmes “peuvent démarrer tout de suite”, ils provoqueront “une dynamique extrêmement puissante”, assure l’ancien ministre, qui appelle aussi à “investir dans la petite enfance”, “agir fermement pour la sécurité et la justice”, “lutter contre l’illettrisme” et créer “200 campus numériques”.

Je dois avouer ma stupéfaction d’avoir découvert à quel point le système était désinvolte et se mentait à lui-même

lance-t-il en conclusion. Selon lui, les moyens déployés dans les quartiers “sont en dessous du minimum républicain”.

En matière de financement, M. Borloo rappelle que la rénovation urbaine a généré “48 milliards de travaux” en dix ans, et propose la création d’un fonds de plus de 5 milliards d’euros abondé notamment par “la cession des participations de l’Etat en 2018 (10 milliards annoncés)”, qui ne créerait “pas de dépenses budgétaires nouvelles pour l’Etat”.

A la différence des autres plans qui étaient bien trop souvent sur l’urbain, c’est un plan qui est très équilibré, très intelligent, parce qu’il y a un volet humain qui est la priorité

a affirmé à l’AFP Philippe Rio, maire PCF de Grigny (Essonne).

Le document formule “de grandes ambitions qui attendent d’urgence des engagements forts du président de la République”, a réagi Stéphane Troussel (PS), le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Car, avertit Bruno Beschizza (LR), maire d’Aulnay-sous-bois, “cela ne sert à rien d’annoncer sur les chaînes nationales des milliards si rien n’arrive concrètement dans les quartiers”.

Le rapport était très attendu par les élus de banlieue, qui ont dénoncé récemment le “mépris de l’Etat”, reprochant à l’exécutif de ne pas mesurer la gravité de la situation et de se focaliser sur le monde rural.

Signe de cette lassitude: Stéphane Gatignon, le maire de Sevran (Seine-Saint-Denis), avait démissionné avec fracas fin mars, se disant “usé par la fonction et par les blocages qui viennent d’en haut”.

Publié le jeudi 26 avril 2018 à 15:05, modifications jeudi 26 avril 2018 à 15:03

Vous aimerez aussi

Participer:

Proposer une correction Ecrire un article sur le sujet

Suivez-nous:

Discuttez !